Billetterie

Le Plaisir

de Max Ophuls

Trois nouvelles adaptées de Maupassant, sur le thème du plaisir : Le Masque : un homme court les bals, infatigable et désespéré. Victime d’une attaque, il est ramené par un médecin (Claude Dauphin) chez son épouse (Gaby Morlay) qui lui raconte l’histoire de son mari... La Maison Tellier : la tenancière d’une maison close (Madeleine Renaud) emmène ses pensionnaires (dont Danielle Darrieux) à la première communion de sa nièce, fille de son frère (Jean Gabin)… Le Modèle : un couple de jeunes artistes (Simone Simon et Daniel Gélin) s’aime à la folie, jusqu’au jour où la lassitude s’installe…

« Toute chose a son temps, on ne peut pas s’amuser toujours » écrit Guy de Maupassant, l’un des auteurs favoris d’Ophuls. Pour le deuxième acte de sa « deuxième période française », le cinéaste livre une œuvre extraordinairement accomplie, et tenue par de nombreux spécialistes comme la plus belle de toutes. Trilogie sur le drame éternel du plaisir, trois aspects de ses prestiges et de ses tristesses, de ses fêtes et de ses orages, avec ses arcs-en-ciel de poésie et de pureté, Le Plaisir, qui s’inspire d’histoires contées par l’ombre de Maupassant, incarné par Jean Servais, est le plus parfait aboutissement des recherches d’Ophuls. « La plus belle scène de toute l’œuvre, écrit Noël Herpe dans 1895, est sans doute celle où Gabin, après le départ des filles de la maison Tellier, s’en retourne mélancoliquement chez lui, dans un mouvement d’une lenteur inhabituelle et qui paraît vouloir prolonger à l’infini l’éphémèrere. » Tout Ophuls est là. On retrouve la plénitude déjà ressentie dans Lettre d’une inconnue. Le Masque, La Maison Tellier et Le Modèle sont les trois volets de la même question : par-delà ce visage que l’homme interroge dans le miroir et par-delà le miroir lui-même, qu’y a-t-il ? De l’avis de Jean-Luc Godard, « chaque volet, même séparé des autres, resterait beau. Il n’empêche qu’il vaut mieux le voir en entier. Que serait le plaisir sans l’amour et la mort ? » 

Claude Beylie, ophulsien parmi les ophulsiens, y voit un triptyque « tel qu’en peignaient les artistes du Moyen-Âge et dans lequel le volet droit et gauche répondent symétriquement au panneau central. La voix du narrateur, personnage d’ombre, est d’ailleurs là pour relier subtilement entre eux les trois épisodes. » La leçon prolonge celle de La Ronde : à tout âge, le plaisir est facile, mais contrecarre souvent le bonheur. La légendaire conclusion : « Le bonheur n’est pas gai », ne dit rien de la tourbillonnante folie du film. « Écriture silencieuse, écrit Barthélemy Amengual dans son Réalisme au cinéma (Nathan), tant la caméra évolue souplement, furtivement, délicatement. Ce n’est plus un regard, c’est une pure mémoire. » « La caméra d’Ophuls, ajoute-t-il de façon splendide, ne craint pas les vertiges ». Ophuls, l’amoureux des femmes, fait tourner de nouveau Danielle Darrieux, qui incarne l’une des pensionnaires de la maison Tellier (et qui tape dans l’oeil de l’impayable Gabin car le film, dans le deuxième sketch, est souvent drolatique). Le cinéaste offre une mise en scène d’une beauté renversante, faisant glisser sa caméra comme par magie par la grâce de travellings étourdissants. Une élégance aérienne alliée à une profondeur de sentiments et, simplement, à la pudeur.

(Fr, 1952, 1h33, N&B, avec Claude Dauphin, Gaby Morlay, Madeleine Renaud, Danielle Darrieux, Jean Gabin, Daniel Gélin)

Je 18/01 à 19h - Di 21/01 à 16h30 - Ma 23/01 à 21h - Di 4/03 à 14h30


PLAISIR

 

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