JOUR DE SORTIEIl Giovedi, ou les touchantes retrouvailles d’un père et de son fils


Posté le 05.04.2017 à 11H


 

Dino le féroce et Risi le tendre. On est à cette époque du cinéma où ça tourne à toute berzingue, un film chasse l'autre : sur les écrans italiens, Il Giovedi suit Les Monstres de trois petits mois. D'ailleurs, c'est presque la version sentimentale du premier sketch, celui où Tognazzi éduque (mal) son fils pour qu'il devienne un mâle dominant, sans morale et sans scrupule.

 

Giovedi

 

Ici, un père divorcé, qui vivote de petits boulots, micro-arnaques dont il est lui-même parfois la victime en croyant en être le grand manipulateur, passe une journée avec son fils qu'il n'a pas vu depuis cinq ans. Son ex-femme vit à l'étranger, au sein d'une jet-set polyglotte. Robertino, 8 ans, parle trois langues, dont l'allemand, et salue d'un hochement de tête discipliné son père nommé Dino – une preuve parmi d'autres que ce film auquel Risi tenait ne manque pas de références autobiographiques.

Au bout d'1h40 de déambulations diverses dans la Rome des années 60, chacun aura appris de l'autre (à siffler, notamment). Le scénario est signé Castellano et Pipolo, énième duo d'auteurs de la comédie italienne, qui signèrent les scripts de comédies inégales (quelques-unes avec Toto) avant de passer à la mise en scène – chacun dirigeant en alternance un jour sur deux, ce qui ne manquait pas de troubler les acteurs, recevant parfois des directives contradictoires !

Il Giovedi (le jeudi) est un feel good movie qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, d’abord parce qu’on est en Italie et que les acteurs-gamins, ici Roberto Ciccolini, y sont plus sobres que les adultes ; ensuite, parce qu’on ne perd jamais le contact avec le réel, une économie de la débrouille, un garagiste qui loue au noir la « belle américaine » qu’on lui a confiée pour la journée, la grand-mère – une séquence très émouvante – qui continue de travailler après la retraite, et file quand même quelques lires à son fils impécunieux. On est en plein boom économique, à Fregene, sur la plage, les filles sont insouciantes en mini-bikini, mais il y a bien quelques oubliés de la croissance : Dino, le héros, tient à la fois du "fanfaron" et du "monstre", mais en plus humble, en plus soumis, en plus authentique…

S’il est moins spectaculaire, c’est aussi qu’il est interprété par Walter Chiari : un Gassman light, chaînon manquant entre Dean Martin et Jean-Claude Pascal. Un beau brun sans trop d’aspérités, mais qui joua quand même pour Orson Welles et Michael Powell, et que s’arrachèrent les actrices de l’époque, de Lucia Bose à Ava Gardner, ce qui en termes d’esthétique pure, met la barre assez haut. La critique italienne mit sur son compte l’échec d’un film atypique mais attachant, une parenthèse de bienveillance dans la carrière du maestro Risi. C’est sûr que ce n’est pas Marcello ou l’un de ses amis, mais ce père maladroit, et conscient de sa maladresse, tend un miroir à quelques-uns d’entre nous…

 

Adrien Dufourquet

 


Il Giovedide Dino Risi (1963)
Jeudi 6 avril à 21h, dimanche 9 à 14h30 et mardi 11 à 19h