A la recherche de John Ford
 
de Roger Tailleur

Préface de Frédérique Vitoux
Édition établie par Michel Ciment et Louis Seguin

Institut Lumière / Actes Sud
Publié grâce au soutien de la SACD


ISBN 2-7427-1362-X

1997 - 473 pages - 27,14 Euros
Réf. 000020
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À cette époque-là, je n'ai pas vingt ans, nous sommes en 1946. (...) Notre histoire, déjà, se précipite, adopte le rythme américain. Quelques dates : le 29 avril 1945, je tombe irrémédiablement amoureux de la jeune institutrice de Par la porte d'or (Hold Back the Dawn), de Mitchell Leisen : Olivia de Havilland. Mon "amitié d'enfance", Gary Cooper, assure à ses côtés une place tout aussi privilégiée. Peu après, découverte, avec crainte et tremblement, je veux dire une admiration abasourdie, de deux oeuvres sûres : La Moisson rouge, de Dashiell Hammett, dans une traduction d'avant-guerre (la "série noire" n'existe pas encore), et Scarface, d'Howard Hawks, en version non moins doublée. Un roman de 1929, un film de 1930, cela ne fait pas très frais en 1945-1946, mais pour un adolescent qui débarque en même temps dans le cinéma et en Amérique, rien n'est plus neuf et plus frappant. Et je ne pense d'ailleurs pas que les adultes, endormis par quatre ans de navets allemands et d'oeuvres de prestige françaises, aient eu une impression moins violente de débarquement. (...) Désormais, je suis possédé, autant par Hammett d'ailleurs, et le film noir, que par Bogart (Huston n'existe guère alors). A n'en pas perdre le manger, le boire et le dormir peut-être, mais certainement le libre-penser. Je chasse le Bogart sur tous les écrans de la ville, mais le Hammett est très rare en librairie. Je verrai une vingtaine de films jusqu'en 1951 ; ceci n'est pas un palmarès, n'importe qui à Paris peut présenter pour ces années un bien meilleur tableau de chasse, mais sur mon fief il n'est pas améliorable. Autour de Bogart, j'aligne des titres de thrillers, à voir, à tourner, à traduire ; ce sont mes listes "noires."
(Humphrey Bogart, de solitude et de nuit, extrait)

"Dans Positif, remarquable article de Tailleur sur Harper. Dommage qu'on lise de moins en moins de prose de cette qualité dans les Cahiers"
(Jean-Luc Godard, "3000 heures de cinéma", 18 mars 1966. Repris dans Godard par Godard.)

Admiré de ses confrères, respecté par les metteurs en scène, de Kazan à Truffaut, Roger Tailleur (1927-1985) fut l'un des plus grands critiques de cinéma d'après-guerre. Rassembler ses articles était un devoir éditorial. Deux de ses amis, Michel Ciment et Louis Seguin, jadis réunis à la revue Positif, à laquelle Tailleur collabora pendant quinze ans, sont les éditeurs de cette oeuvre aussi riche que variée, où l'inventivité du style, l'humour contagieux, l'ampleur des connaissances et la finesse du jugement éclatent à chaque page.


 
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